C’est juste de la paille ? Pourquoi la marqueterie de paille de seigle brille autant…
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Lorsque nous sommes présents sur les marchés ou que nous tenons la permanence dans une boutique d’artisanat, une scène se répète presque à chaque fois. Une personne s’approche du stand, attirée par un reflet. elle prend un bracelet, le fait tourner sous la lumière, passe le pouce sur la surface. Puis vient la première réaction, toujours la même : « C’est lisse… »
Et juste après, cette première question : « C’est vraiment de la paille ? »

Oui. De la paille de seigle, rien d’autre. La seconde question ne tarde généralement pas : « C’est verni pour que ça brille autant ? »
« Mais qu’est-ce que vous mettez dessus ? »

La plupart du temps, ma réponse surprend : je ne mets rien. Pas de vernis, pas de cire. La brillance que vous voyez sur mes créations n’est pas ajoutée. Elle est totalement naturelle, elle était déjà là, cachée dans la fibre. Mon travail de marqueterie est venu la révéler.
On associe souvent la paille à la botte qu’on voit dans les champs, terne et cassante, on imagine qu’il faut forcément y ajouter un vernis pour obtenir cet éclat et ce jeu de lumière. En réalité, le travail consiste à révéler ce que la paille de seigle possède naturellement.
Une brillance qui vient de l’intérieur de la paille de seigle

La paille de seigle n’est pas une paille comme les autres. Sa tige est longue, plus régulière, et sa surface est riche en silice. C’est cette silice qui lui donne cet éclat naturel, cette brillance qui accroche la lumière et s’amuse avec.
La paille de seigle que j’utilise vient de Bourgogne. Elle est récoltée à maturité et triée à la main par le producteur avant d’arriver à l’atelier. Je me fournis auprès de lui, sans intermédiaire. Elle arrive à l’atelier déjà teintée, puis je la trie une nouvelle fois selon la création à venir. Chaque brin a ses nuances, et même au cœur d’un seul brin, les variations peuvent être surprenantes. Parfois je sélectionne un à un les brins de paille et d’autres fois je laisse la nature décider à ma place des nuances et des dégradés.
A ce stade, la paille ne brille pas encore réellement. Brute, elle est ronde, creuse, rigide et même cassante. Mais son éclat est bien là, caché, et ne demande qu’à être révélé.
Le geste qui révèle l’éclat
Tout commence par le fendage. J’ouvre délicatement chaque brin dans sa longueur à l’aide d’un plioir en os. Puis vient l’écrasement : je passe le plioir sur la paille ouverte, d’abord avec une faible pression. Puis en augmentant progressivement la pression exercée, passage après passage je travaille la paille.
Lors des premiers passages, la paille crisse. Un son sec, net, qui trahit sa rigidité. Puis, au fil des passages, le son s’adoucit et disparaît. La fibre s’aplatit, s’assouplit, devient lisse et se transforme en une sorte de ruban. C’est précisément à ce moment que la brillance se révèle.
Je ne fabrique pas cet éclat, je ne l’ajoute pas. Mon geste ne fait que le révéler et le mettre en lumière.
J’ai raconté chacune de ces étapes plus en détail dans l’article sur la naissance d’une création.
De rigide à soyeuse en quelques minutes
Cette transformation, je la vis chaque jour à l’atelier. Pourtant, c’est en la voyant à travers les yeux des autres que je mesure à quel point elle est étonnante.
Lors de mes ateliers d’initiation à la marqueterie de paille, c’est un des moments qui surprend le plus les participants. Ils tiennent entre les doigts un brin rigide, cassant, qui ne ressemble pour le moment pas vraiment à un bijou. Pourtant, quelques minutes plus tard, après quelques passages de plioir, ce même brin est devenu souple, lisse et brillant. La matière a changé d’état sous leurs propres mains.
C’est souvent là que quelque chose se joue. On comprend que la marqueterie de paille n’est pas une question d’artifice, mais de patience et de geste.
Pourquoi la lumière change selon l’angle
Si la paille brille naturellement, elle ne brille jamais de la même façon selon l’endroit d’où on la regarde. Ses fibres sont orientées dans un seul sens. Selon l’angle sous lequel la lumière les frappe, un même brin peut paraître clair et éclatant, ou au contraire plus sombre et profond.
C’est un des secrets des motifs en marqueterie de paille. En jouant sur le sens de pose de chaque brin, je peux créer des contrastes, des dessins, des reliefs, même avec une seule et unique couleur. Le motif chevrons en est le plus bel exemple : une seule teinte, et pourtant un dessin qui semble bouger quand on tourne le poignet.

En associant différentes couleurs et en variant les angles, on peut alors obtenir un motif dont les reflets changent en permanence.

Ce que la paille garde, et ce qu’elle craint
Puisque je n’ajoute aucun vernis, la paille garde son toucher naturel, ce toucher qui surprend tant sur les marchés. En contrepartie, elle demande un minimum de précaution.
Un bijou en marqueterie de paille ne se porte pas sous la douche, ni à la piscine, ni dans l’eau en général. Pour l’entretenir, un simple chiffon doux suffit. Rien de plus. Pas de produit, pas de lustrant : la brillance est dans la fibre, elle n’a pas besoin d’être entretenue artificiellement.
Certaines de mes créations sont recouvertes d’un cabochon en verre mais absolument aucune n’est vernis.
Juste de la paille de seigle ?
Alors oui, c’est juste de la paille. Une tige de seigle, poussée dans un champ de Bourgogne, fendue, écrasée, délignée, posée brin après brin et assemblée pour créer différents motifs.
Mais ce « juste » contient tout. Des heures de patience et de gestes répétés, une matière vivante qui a toujours le dernier mot, et un éclat qui n’appartient qu’à elle. La prochaine fois que vous verrez une pièce en marqueterie de paille accrocher la lumière, vous saurez que rien n’a été ajouté. Tout a simplement été révélé. C’est ce qui me passionne tant dans cet art : partir d’une matière aussi simple et à la fois aussi étonnante et magnifique… Pour en faire une création unique qu’il sera impossible de reproduire parfaitement à l’identique.
Julien — Atelier Brin de Paille







